Championnat, Coupe de France, Coupe Korac… Retour sur une saison magique fait des hauts et de bas
« En 2000, le CSP Limoges a réalisé un exploit rare dans le basket français : remporter trois trophées en une seule saison (Championnat de France, Coupe de France, et Coupe Korac). Une performance portée par des joueurs emblématiques comme Frédéric Weis et Yann Bonato, sous la direction de l’entraîneur Duško Ivanović. Retour sur une année où Limoges a dominé la France et l’Europe, prouvant que le collectif pouvait tout vaincre. »

Le parcours vers le triplé
A l’aube de cette nouvelle saison, le club est en proie à des soucis financiers qui font planer le doute sur sa participation au championnat de France. Finalement, la commission de gestion de la Ligue autorise le club à prendre part à son championnat. On apprendra au cœur de l’hiver ce que tout limougeaud redoutait. Les caisses du club sont vides.
Le club se trouve dans une situation extrêmement précaire. Les comptes étaient dans le rouge foncé à tel point que le président, M. Jean-Paul Peretti, annonce aux joueurs au mois de janvier que le dépôt de bilan semble inévitable et menace donc la saison en cours. Chaque rencontre pourrait être la dernière.
Les joueurs, notamment français, vont alors faire preuve d’une solidarité incroyable pour essayer de sauver le club. Yann Bonato et Frédéric Weis en tête vont accepter une réduction de salaire de l’ordre de 70 %. Certains joueurs sont réticents à cette idée comme Marcus Brown, qui sèchera quelques jours les entrainements. Mais finalement, tous les joueurs accepteront cette réduction et le groupe s’en sortira grandit et soudé. Dans le même temps, les supporters décident d’organiser une cagnotte et arriveront à rassembler 500 000 francs pour renflouer les caisses du club. C’est alors que s’écrit la légende du CSP Limoges.
1. L’Europe comme remède
Phase de poule
La composition de la poule du tour préliminaire du CSP Limoges tombe durant l’été 1999. Watco Antwerp, Jabones Pardo Fuenlabrada et Ovarense Aerosoles Ovar sont les adversaires des limougeauds pour ces matchs aller – retour.
Le premier match se déroule à l’extérieur, au Portugal. Le CSP fait respecter la logique et s’impose 80 à 66. Le second match a lieu dans l’antre de Limoges (clairsemé pour le coup), Beaublanc. Ce sont les belges qui viennent profiter de la campagne limousine. Mais ils ne sont pas là pour admirer la porcelaine ou la gare des Bénédictins. Le CSP s’impose malgré tout et engrange une 2e victoire 81 – 75. Dernier match de cette phase aller en Espagne. Limoges se sort du piège tendu par les espagnols et s’impose 73- 63. 3/3 pour le CSP.
La phase retour débute par la réception d’Ovarense. Comme au match aller, nouvelle victoire 93 – 84 pour Yann Bonato et ses coéquipiers. Second match et un déplacement périlleux s’annonce à Antwerp. Les locaux font tomber le CSP à domicile 59 – 56 et relance un semblant de suspens. Mais les Limougeauds vont se reprendre et les espagnols de Fuenlabrada vont en faire les frais. Victoire sans appel à Beaublanc 90 – 77. Le CSP termine 1e de son groupe et se qualifie pour les 16e de finale.
Phase éliminatoire
Le format est là aussi match aller / retour. Celui qui s’impose avec la plus grande marge se qualifie pour la suite de la compétition.
Pour ce 16e de finale, les Limougeauds sont opposés aux russes de Unics Kazan. Le match aller a lieu dans l’hiver russe. Mais le CSP peut compter sur le coup de chaud de Marcus Brown (22 points, 4 sur 6 à 3 points) pour se réchauffer. Le match retour est une formalité pour Limoges qui s’impose 93 – 69 à domicile.
Qualifié en 8e de finale, le CSP est confronté au CSKA Kiev. Ce match se déroule 2 jours après le début des ennuis judiciaires pour le club. Dans ce contexte compliqué, dans un Beaublanc en état de choc, les joueurs font le boulot et s’imposent 86 – 73. Le match retour, une semaine plus tard, donne lieu à un match vite plié par les Limougeauds, pressés de valider leur ticket pour les 1/4 de finale.
Ce nouveau tour de coupe les voit affronter les Turcs d’Ankara. Le match aller est à Beaublanc. Le public, venu nombreux (6 000 personnes), est toujours secoué par les déboires judiciaires du club. Malgré cela, les joueurs dominent les débats et gagne ce match 71 – 57. +14 pour Limoges. Le retour se joue dans une atmosphère survoltée. Les Limougeauds sont reçus par une banderole : « Bienvenue en enfer ». Le CSP court derrière le score tout le match mais arrive à contenir l’écart. Résultat : une défaite 75 – 67. +8 pour les Turcs, insuffisant pour rattraper le débours de 14 points du match aller.
Place à la demi-finale. Une vieille connaissance du coach limougeaud : Girone, son ancien club. Le match aller se déroule en Espagne. Et chose rare au basket, ce match se termine par un nul. 77 – 77. Tout reste à faire pour accéder à la finale de cette édition. Le retour à Beaublanc s’annonce bouillant. Le CSP a sorti les barbelés dans cette manche. Bonato et Brown rayonnent. La fin heureuse est en ligne de mire : victoire 69 – 57 face aux Espagnols.
La Finale
Le CSP a pris rendez-vous pour cette finale. L’adversaire : Unicaja Malaga entrainé par un certain Bozidar Maljkovic. Ce monsieur n’est autre que le coach qui a fait entrer Limoges dans la légende en 1993. Le match aller a lieu à Beaublanc. La salle est comble pour écrire l’histoire. Une gachette de génie permet à Limoges de frapper un grand coup dans cette série : Marcus Brown. L’américain marque 31 points et contraint la star adverse Veljko Mrsic à revoir ses standards à la baisse. Malaga repart avec 22 points de retard, 80 – 58. L’histoire est en marche. Il faut maintenant conclure en Espagne.
Le club espagnol essaie de mettre toutes les chances de son coté. Il distribue à ses supporters des tee-shirts et des panneaux marqués : « 22+1 ». Ils y croient. Et la première mi-temps de cette finale retour les conforte dans cette idée. Mais au retour des vestiaires, Limoges se remet en marche et revient à 4 points. Dès lors, le CSP va gérer son avance du match aller. Le match se termine sur la victoire de Malaga 60 – 51. Insuffisant toutefois pour soulever le trophée Radivoj Korac qui revient dans l’escarcelle de Limoges.
Cette victoire est la 5e en coupe d’Europe pour le club et la 3e dans cette compétition. Le club compte 1 Championnat d’Europe des Clubs Champions (l’ancien nom de l’Euroligue) et 1 coupe Saporta. Il reste, à ce jour, le seul club français à avoir remporté l’Euroligue.
2. La Coupe de France comme une cerise sur le gâteau
Le parcours de la Coupe de France se termine par un match à Paris Bercy. En face, une équipe du PSG Racing qui finit 6e de la saison régulière. Leur parcours en championnat s’arrêtera face à Pau-Orthez au bout d’un duel de 3 matchs.
Cette équipe est composée de joueurs aguerris comme Cyril Julian, Laurent Sciarra mais également d’un jeune joueur qui devra une icone du basket français, Tony Parker.
Le match est très disputé, 38-34 à la mi-temps pour le PSG Racing. Il faut aussi souligner, qu’à cette époque, les matchs se déroulaient en 2 périodes de 20 minutes. Après 5 minutes de jeu dans cette seconde période, le CSP était revenu à égalité 44 – 44. Dans la foulée, les limougeauds reprennent la tête de ce match.
S’en suit alors un mano à mano jusque dans les toutes dernières minutes. Le CSP parvient à faire la différence à 2 minutes du terme. +6 pour Limoges. Laurent Sciarra et ses compères essaieront de revenir à coup de 3 points mais la réussite les fuit pour cette fin de match. Score final : 79 – 73 pour Limoges qui décroche son 2e trophée dans cette saison si particulière.

3. Le championnat pour finir en beauté
La saison régulière
Au cours de cet exercice 1999/2000, le Cercle Saint-Pierre passe par toutes les émotions. Les Limougeauds terminent 2e de cette phase de saison régulière derrière l’Asvel de Jim Bilba, ancien joueur du CSP lors de l’épopée de 1993 et le premier titre en sport collectif d’une équipe française quelques mois avant le sacre de l’OM. L’équipe termine 6e attaque et 3e défense de ce championnat. La défense est la base de cette équipe qui est 3e au nombre de rebonds par match (29.5), 2e équipe aux contres (3.8/match). Cette identité défensive est l’œuvre du coach de l’époque à savoir Duško Ivanović. Il a réussi à souder son groupe dans l’adversité, 3e équipe aux passes décisives.
Le début de saison en championnat est très difficile. Sur le terrain, malgré un effectif talentueux, la mayonnaise ne prend pas. Les hommes de Duško Ivanović (exigeant coach monténégrin à la rigueur quasi militaire) enchaînent les performances en demi-teinte. Le jeu collectif peine à se mettre en place, si bien qu’un premier changement majeur survient : l’arrière américain Carl Thomas, peu convaincant, est remplacé en décembre par Marcus Brown, une gâchette d’élite qui va immédiatement bonifier l’attaque limougeaude.
La suite de la saison sera de toute autre facture pour les Limougeauds. Ils réussissent même à battre l’ennemi juré Pau-Orthez chez lui, dans sa salle alors qu’il y était invaincu depuis 4 saisons ! Ce miracle sera l’oeuvre de Marcus Brown, auteur d’un formidable buzzer-beater.

Les phases finales
Les voici alors en quart de finale de play-off face au Mans. Les Manceaux ont finit 7e de la saison régulière et compte dans leur rang Andre Woolridge, meilleur passeur de la saison. Aux termes de 3 matchs accrochés (70-65; 60-65; 80-72), le CSP valide sa qualification pour les demi-finales face à son meilleur ennemi, Pau-Orthez.
Cette demi-finale va, elle aussi, se jouait en 3 manches. Le club des Pyrénées-Atlantiques compte dans ces rangs de jeunes joueurs français (les frères Piétrus, Mickaël et Florent) mais aussi des vieux briscards (les frères Gadou, Thierry et Didier) et des joueurs internationaux à l’image de Stéphane Risacher (père de Zaccharie, n°1 de la draft NBA en 2024). Chaque équipe remporte la match dans sa salle avant la belle qui a lieu à Limoges (72-60; 60-69). Ce match, le CSP va le maitrisé de bout en bout, ne laissant jamais espérer son adversaire. Les joueurs limougeauds vont faire le spectacle, à l’image de cette passe dans le dos de Yann Bonato pour Harper Williams. Beaublanc est en liesse pour cette victoire 85-66 qui offre une place en finale face à l’ASVEL.
La finale
Toujours le même format, le premier qui atteint les 2 victoires est sacré. L’ASVEL a l’avantage du terrain grâce à sa 1e place en saison régulière. La première manche se déroule donc à l’Astroballe à Lyon. Au terme d’un match maitrisé dans la chaude ambiance villeurbannaise, le CSP Limoges s’impose 87-74 et récupère l’avantage du terrain. Le second match a lieu à Beaublanc, le chaudron limougeaud où tant de joueurs ont perdu leurs moyens. Mais contre tout attente, l’ASVEL s’impose sur le parquet de Limoges au terme d’un match où l’orgueil des joueurs lyonnais était mis à rude épreuve. Score final : 69-58 pour l’ASVEL.
Cette saison couronnera donc son champion lors de l’ultime match à Lyon. Ce match est âpre, disputé. Il faut aller chercher le moindre panier. Les défenses ne laissent rien passer durant la première mi-temps. Un sacré combat a lieu sous les paniers : Frédéric Weis (22 ans) face à Jim Bilba (31 ans). Un duel d’internationaux français. Ils se rendent coup pour coup. La différence se fait en 2e mi-temps, avec un Yann Bonato qui est sur un nuage. Il score, décale ses coéquipiers, défends dur et harangue ses coéquipiers après chaque action. Finalement, Limoges l’emporte 78 à 66 et soulève son 9e trophée de champion de France ce 27 mai 2000 pour clôturer ce magnifique triplé.

Cette saison 1999 – 2000 se termine donc par un nouveau triplé du Limoges CSP. Des joueurs sont devenus des légendes du club : Fred Weis, Yann Bonato et Mickael Young notamment. Certains, après avoir continuer leur carrière en France ou à l’étranger, sont revenus vivre dans le cadre paisible du Limousin.
Malgré ce triplé, la suite est un enchainement de catastrophes pour le club. En effet, ce dernier est relégué en 2e division malgré son titre de champion de France à cause de ses déboires financiers. Un sursaut d’orgueil l’année suivante lui permet de remonter en 1ere division. Mais de nouveaux soucis financiers arrivent. Le club dépose le bilan en 2004 à la suite de son placement en redressement judiciaire en 2000 et d’une cessation de paiement. Il doit repartir en Nationale 1.
Le CSP a connu depuis des hauts et des bas. Du très haut avec 2 nouveaux titres de champions de France en 2014 et 2015. Ceux-ci précédés d’un titre de champion de Pro B en 2012 sous la coupe du président Forte. Ce dernier a sauvé le club en 2004 et l’a reconstruit de 0. Malheureusement, son décès survenu le 31 décembre 2017 met un terme à la bonne dynamique du CSP. S’en est suivi une période compliquée de nouveau pour les limougeauds.
Le club mérite bien sur surnom de « Dallas sur Vienne » car il s’y passe toujours quelque chose.
Le triplé du CSP en 2000 reste un moment magique du basket français. Une saison où un club en situation précaire a dominé la France et l’Europe, porté par des joueurs inoubliables et un entraîneur visionnaire. Vingt-six ans plus tard, les Limougeauds n’ont pas oublié… Et vous, quel est votre plus beau souvenir du CSP ?








