Moneyball : Quand les statistiques deviennent une intrigue révolutionnaire

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Comment Billy Beane et les Oakland Athletics ont changé le baseball (et le sport) à jamais, avec une approche digne d’un thriller économique

« En 2002, les Oakland Athletics, une équipe de baseball modeste et sous-financée, réalisent l’impensable : une série de 20 victoires consécutives, un record en Ligue majeure. Leur secret ? Une méthode révolutionnaire basée sur les statistiques, racontée dans le livre Moneyball de Michael Lewis et adaptée au cinéma en 2011. Bien plus qu’une histoire de sport, Moneyball est un thriller économique où les données deviennent des armes, les joueurs des actifs sous-évalués, et le terrain un marché financier. Décryptage d’une intrigue qui a bouleversé le sport moderne. »

1. Le contexte : David contre Goliath

Les A’s d’Oakland sortent d’une saison à 63 % de victoires, ce qui les qualifient pour les plays-off. Dans l’American League où ils évoluent, ils tombent contre les Yankees de New-York. Ils s’inclinent 3-2 au terme d’un match final serré comme l’ensemble de la série (hormis le match 4).

Après cette saison 2001, les meilleurs joueurs des A’s sont convoités. Et les meilleures équipes de la Major League Baseball sont au rendez-vous : les Yankees, les Red Sox notamment. Oakland ne peut rivaliser avec ces superpuissances à la manne financière extraordinaire. Car ils ont un budget de 40 millions de Dollars contre 125 millions pour l’équipe de New-York. Si bien que c’est une fuite des talents pour Oakland. Mais sans budget pour les remplacer par des talents similaires. C’est donc à ce moment là qu’une idée va germer.

Le manager d’alors, Billy Beane et son bras droit, Peter Brand vont se lancer dans une direction jamais prise par une équipe de ce rang : faire confiance à la sabermétrie. Cette dernière est le fait d’étudier et d’analyser le baseball à partir de données statistiques, les datas. Il faut savoir que Peter Brand est un personnage fictif du film Moneyball. En effet, Paul DePodesta n’a pas souhaité par que son nom soit associé au film.

Moneyball ressemble à un thriller financier : les A’s sont des « hackers » qui exploitent les failles d’un systèmes dominés par les géants que sont les Yankees, les Red Socks ou les Dodgers. Un parallèle peut être fait avec le film The Big Short.

Les As d’Oakland lors de leur série de 20 victoires.

2. Les personnages : des anti-héros modernes

2.1 Billy Beane

Billy Beane est un ancien joueur recruté à l’ancienne par les Mets de New-York. Il est recruté au premier tour des repêchages amateur en 1980. Les Mets le place dans une de leurs équipes en ligue mineure.

Il débute en Major League Baseball en 1984, soit 4 ans après sa signature. Il se positionne comme champ extérieur de réserve mais ne participe que 5 et 8 matchs durant ses 2 première saison en MLB. Les Mets l’envoient alors aux Twins de Minneapolis. Il y joue 2 saison. C’est durant la 1e qu’il joue le plus : 80 matchs mais tous en saison régulière. Il ne participe pas aux plays-off alors que les Twins gagnent le championnat. Il passe par Detroit et arrive aux A’s d’Oakland en 1989 qui finissent champions cette année-là. Là encore Billy Beane ne joue pas les séries éliminatoires.

Billy Beane lors de sa saison aux A’s en tant que joueur.

Il n’a jamais confirmé les espoirs des recruteurs. Après sa carrière de joueur qui s’est terminé à Oakland, il demande alors un poste au sein de l’organisation. Il devient recruteur puis assistant directeur général 3 ans plus tard. Il deviendra directeur général en 1998.

En tant que directeur général, sa philosophie est la suivante : « On ne paie pas pour les joueurs. On paie pour les victoires. » Son but est d’avoir une des meilleures équipes au ratio masse salariale / résultats. A titre d’exemple, en 2006, les A’s possèdent la 24e masse salariale de MLB mais terminent la saison avec le 5e bilan victoires / défaites.

Il reste en poste jusqu’en 2015. Il devient alors vice-président de la franchise.

2.2. Peter Brand alias Paul DePodesta

Paul DePodesta est une immense figure au sein de la MLB mais pas que. C’est une légende de l’analyse sportive.

Son cursus universitaire l’emmène à Harvard, où il décroche un diplôme en économie. Suite à ce diplôme, l’équipe de Cleveland lui propose un contrat. C’est là qu’il rencontre Billy Beane, lors d’une réunion entre les 2 franchises. C’est donc ensemble qu’ils vont révolutionner le recrutement.

Paul DePodesta

Après la saison magique des A’s, les Dodgers de Los Angeles viennent le chercher à Oakland. Il devient un des plus jeunes directeur général à 31 ans. Après une première saison réussie en 2004, Les Dodgers le limoge au cours de l’année 2005 qui constitue une des pires saisons de leur histoire.

Malgré cet échec, d’autres franchises croient en son projet. Les Padres de San Diego et les Mets de New York lui ouvrent leurs portes.

Mais la MLB n’est pas la seule ligue nord-américaine à faire les yeux doux à Paul DePodesta. En 2016, les Browns de Clevelands en NFL (football américain) le recrute comme directeur de la stratégie et occupe ce poste jusqu’en novembre 2025.

Il revient alors au sport où tout à commencer : le baseball. Il est nommé président des opérations au sein de la franchise des Rockies du Colorado en MLB.

3. La méthode Moneyball: les stats avant tout

3.1. Le principe

Pour Peter Brand, les joueurs sont des actifs sous-estimés par les franchises. En effet, avec Billy Beane, ils vont se concentrer sur des statistiques jusqu’alors peu ou pas utilisées. Les principales sont : l’OBP (On Base Percentage) et le SLG (Slugging Percentage).

L’OBP correspond à la capacité d’un joueur à aller sur bases, quelque soit le moyen. Cela peut être par une frappe mais aussi un but sur balles. Ce dernier a lieu quand le lanceur adverse ne trouve pas la zone de strikes à 4 reprises face au même joueur. Le SLG, quant à lui, traduit la puissance offensive d’un joueur.

Cette méthode vise à s’affranchir des idées préconçues que peuvent avoir les recruteurs. En effet, ils sont influencés par l’apparence d’un joueur, sa réputation. Les recruteurs se concentrent sur la vitesse de course, la puissance à la batte ou le charisme. Alors que la sabermétrie, elle, ne se fie qu’aux chiffres.

3.2. Recruter des joueurs sous-évalués

Un exemple marquant pour les Athletics a été de signer Scott Hatteberg. Aucune autre franchise ne souhaite l’enrôler. Son poste de prédilection est receveur, c’est à dire, la personne placée derrière le batteur adverse. C’est un rôle crucial dans une équipe car il doit transmettre rapidement la balle à ses coéquipiers situés sur les bases. Or Hatteberg ne peut plus lancé car il a une inflammation permanente d’un nerf de son coude.

Mais il possède un OBP élevé. Et c’est ce critère qui intéresse les A’s. Ils font donc le choix de le signer et de le placer en première base. Il s’avère qu’après des débuts compliqués, il s’adapte bien et devient fiable à son poste.

De nos jours, l’utilisation des datas est devenue la norme. Certains clubs vont même en faire leur principale raison de recrutement à l’image du Toulouse Football Club. Ce dernier s’est fait spécialiste pour recruter uniquement sur la base de données. Cela lui permet, comme pour les A’s d’Oakland, de repérer des joueurs qui passent sous les radars des recruteurs.

Le TFC va notamment signer Thijs Dallinga et Branco Van den Boomen. Ce dernier évolue alors en 2e division néerlandaise et signe pour une somme dérisoire. Il explosera durant sa 2e saison dans l’antichambre de l’élite française sous les ordres de Philippe Montanier. Il termine la saison avec 20 passes décisives, égalant le record du championnat.

Mais le TFC n’est pas le seul à utiliser les datas pour recruter. Tous les sports y sont confrontés. Les Warriors, en NBA, Liverpool, en Premier League, les Red Sox en baseball, utilisent énormément les datas dans leurs prises de décisions. Elles font dorénavant partie intégrantes du milieu sportif.

4. Les obstacles : un thriller sportif

Bien évidemment, Billy Beane et Peter Brand ont été confrontés à de nombreux obstacles.

4.1 Le changement fait peur

Tout d’abord, le scepticisme des recruteurs alors en place au sein de la franchise. Le recruteur en chef, Grady Fuson, ne croit pas à ce projet. Pour lui, « vous ne pouvez pas remplacer 150 ans d’expérience par un tableur ! ». De son point de vue, un recruteur ne peut être remplacé que par des statistiques. Il doit avoir le feeling, voir comment évolue le joueur ciblé, sa technique, son entourage. Tout cela n’est pas visible dans les données.

Mais le baseball, peut-être plus que n’importe quel autre sport, est lié aux statistiques. Il faut aller sur base, avoir un bon ratio à la batte, marquer des points. C’est cette approche que Billy et Peter veulent développer. Il faut aussi que toutes les composantes d’un club soient sur la même longueur d’onde. Or, ici, le coach ne veut pas utiliser la stratégie qui a été imaginée avec les joueurs à sa disposition. L’effet est donc catastrophique lors du début de saison. Mais en ajustant l’effectif, contre la volonté du coach, Billy Beane impose ses choix. Et débute alors la folle remontée au classement et la série de victoires.

4.2 La mentalité des joueurs

En s’appuyant uniquement sur les stats des joueurs, Peter et Billy mettent de coté un critère qui est essentiel : la mentalité des joueurs. Dans le sport, l’aspect mental est très important. Et le savoir-vivre est primordial dans un sport collectif. Si un joueur tire les autres vers le bas alors les résultats ne sont pas là. Et lors du choix des joueurs, certains éléments n’ont pas répondu aux attentes. Il a alors fallu les échanger ou les céder à d’autres équipes contre une compensation financière.

4.3 Le volet financier

Le volet financier est le point de départ de toute cette histoire. Si les A’s avaient eu des moyens dignes des Dodgers ou des Sox, rien de tout cela ne serait arriver. Le fait qu’ils aient un tout petit budget les a obligé à réfléchir différemment. Ils se trouvaient également à la merci des grosses écuries qui fixaient leur prix pour les joueurs. Il a donc fallu que Peter et Billy se penchent sur les joueurs libres, ceux en fin de carrière, ou ceux qui revenaient d’une grosse blessure. Tout n’était que pari.

Les A’s d’Oakland ont donc été les précurseurs dans l’utilisation des statistiques pour composer leur effectif. Ils ont montré au monde que cela été possible. Malgré une défaite lors des plays-off, cette équipe a battu un record qui tenait depuis des décennies. Les data ont maintenant un rôle primordial dans le sport en général et encore à notre époque du tout numérique.